La fintech Tabby a levé 233 millions de dollars lors d’un tour de table Series F qui valorise l’entreprise à 6,5 milliards de dollars. Le financement a été mené par Blue Pool Capital, avec la participation de HSG, Wellington Management et Arbor Ventures.
Selon l’entreprise, les nouveaux fonds serviront à poursuivre son expansion en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, tout en développant des services financiers plus larges au-delà du paiement fractionné.
Une valorisation qui a presque doublé
Tabby était valorisée 3,3 milliards de dollars lors de sa Series E en février 2025. La nouvelle opération porte cette valorisation à 6,5 milliards. Tabby affirme être rentable depuis 2023 et traiter plus de 18 milliards de dollars de volume de transactions annualisé.
L’entreprise revendique également 25 millions d’utilisateurs inscrits et environ 70 000 partenaires commerciaux. Parmi eux figurent des marques internationales et régionales comme Amazon, SHEIN, Apple, IKEA, Samsung, Jarir et noon.
Ces chiffres montrent que Tabby a dépassé le stade d’une jeune startup de paiement. Son enjeu est désormais de transformer cette base d’utilisateurs en une plateforme financière plus large et durable.
De BNPL à une plateforme financière plus large
Tabby a commencé avec une proposition simple : permettre aux consommateurs d’étaler le paiement de leurs achats. Le modèle BNPL a connu une forte croissance dans le Golfe grâce à l’essor du commerce électronique et à l’adoption rapide des services financiers mobiles.
Depuis, l’entreprise a élargi son champ d’activité. En Arabie saoudite, elle a obtenu plusieurs licences financières et acquis Tweeq, un portefeuille numérique autorisé par la Saudi Central Bank. Aux Émirats, elle a obtenu une licence Stored Value Facilities auprès de la banque centrale.
Ces autorisations permettent à Tabby de proposer davantage de services autour des paiements, des cartes et de la gestion quotidienne de l’argent. Cette évolution place progressivement l’entreprise en concurrence avec les banques, les wallets et d’autres fintechs régionales.
Pourquoi l’Arabie saoudite est devenue centrale
Tabby est aujourd’hui basée à Riyad et l’Arabie saoudite représente l’un de ses principaux marchés. Le Royaume investit fortement dans la fintech dans le cadre de sa stratégie de diversification économique et développe un cadre réglementaire plus large pour les services financiers numériques.
Pour Tabby, cette évolution est stratégique. Disposer de licences directes donne davantage de contrôle sur les produits et l’expérience client, mais augmente aussi les obligations de conformité et de gestion du risque.
Les Émirats restent un deuxième pilier
Aux Émirats arabes unis, Tabby dispose désormais d’une licence lui permettant de proposer des services de compte et de paiement plus complets. Son produit Tabby Cash illustre cette transition vers une relation plus régulière avec les utilisateurs, au-delà du moment précis d’un achat.
Cette stratégie pourrait augmenter la fréquence d’utilisation de la plateforme, mais elle place aussi Tabby face à des concurrents plus établis. L’entreprise doit prouver que la popularité de son service de paiement fractionné peut se transformer en relation financière durable.
Ce que ce financement dit de la fintech MENA
La Series F est importante pour l’écosystème technologique régional. Les tours de table dépassant 200 millions de dollars restent rares dans la région MENA, surtout pour des entreprises privées qui ne sont plus au stade initial.
Le financement de Tabby montre que les grands investisseurs internationaux continuent de soutenir des entreprises régionales capables de démontrer une forte croissance, une présence réglementaire et une activité à grande échelle.
Il renforce aussi la visibilité du Golfe comme marché technologique. L’Arabie saoudite et les Émirats cherchent toutes deux à attirer fondateurs, investisseurs et talents, et les grandes fintechs sont devenues une partie importante de cette compétition.
Une introduction en Bourse n’est pas immédiate
Avec une valorisation de 6,5 milliards de dollars, la question d’une future IPO se pose naturellement. Hosam Arab, cofondateur et PDG de Tabby, a toutefois indiqué à Reuters qu’aucune introduction en Bourse n’était prévue à court terme.
La priorité reste l’expansion des services existants et le développement des nouvelles activités. Une future cotation reste néanmoins plausible à plus long terme si l’entreprise maintient sa croissance et sa rentabilité.
Pourquoi cette histoire intéresse le Maroc
Tabby n’opère pas principalement au Maroc, donc l’impact direct pour les utilisateurs marocains reste limité. L’intérêt tient davantage au modèle de croissance de l’entreprise.
Tabby a commencé par un cas d’usage précis avant d’étendre progressivement sa gamme de services. Pour les startups fintech marocaines, cette trajectoire montre l’importance de construire une distribution et une base d’utilisateurs avant de multiplier les produits.
Le cadre réglementaire marocain diffère de celui du Golfe, et les mêmes produits ne peuvent pas être reproduits à l’identique. Mais l’idée de partir d’un problème clair, de gagner la confiance des utilisateurs puis d’élargir l’offre reste pertinente.
La suite
Les prochains mois montreront si Tabby peut maintenir sa rentabilité tout en élargissant ses services. L’adoption de ses nouveaux produits, la croissance de son activité hors BNPL et sa capacité à gérer une réglementation plus complexe seront particulièrement importantes.
Si l’entreprise réussit cette transition, la Series F de 233 millions de dollars pourrait marquer le moment où Tabby est passée du statut de leader régional du BNPL à celui d’une plateforme financière beaucoup plus large.
